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La grève - Guy Groux/ Jean-marie Pernot

20 décembre 2009

La grève a-t-elle encore un sens ? Issue du lointain XIXe siècle, n’est-elle pas surannée, inadaptée aux temps modernes et ne doit-on pas lui préférer d’autres modes de lutte ?

Guy Groux et Jean-Marie Pernot, tous deux spécialistes des sciences sociales, s’interrogent sur un acte social qui nous semble immuable, un rite qui s’inscrit dans nos habitudes. Or si nous prenons un peu de recul force est de constater que la grève est mouvante aussi bien dans ses formes que dans son histoire.

Connaissez- vous seulement d’où nous vient ce terme ? Il serait né de la Place de Grève à Paris où se réunissait les ouvriers qui attendaient l’embauche au XIII°siècle mais la grève proprement dite prend son essor au XIX°siècle avec la Révolution Industrielle. Les grèves sont un moyen de lutte pour des droits trop souvent inexistants. La violence est intrinsèque à cette « guerre sociale » et les morts fréquents.

Interdite, elle est le lieu d’une formation politique, révolutionnaire ouverte à la rupture sociale. Autorisée en 1864, elle ne devient constitutionnelle qu’en 1946. La grève jusqu’à l’après guerre est ouvrière et la revendication principale porte sur les salaires. Elle est souvent couronnée de succès
(75% en 1976).

Pendant longtemps les grèves furent orchestrées par le privé. En 1968 c’est encore massivement les salariés du privé qui manifestent.

Depuis les années 80 les grèves se sont profondément transformées. La fonction publique qui n’a obtenu le droit de grève qu’en 1950 devient majoritaire. Les grèves ruptures au même moment font place aux grèves institutionnelles. Des grèves également plus qualitatives dans leurs revendications. Elles se concentrent sur l’emploi et sa préservation. Il ne s’agit plus de la « lutte finale » ni « du grand soir » mais seulement de trouver des accommodements avec le capitalisme.

Simultanément on voit apparaître de nouvelles formes de lutte sans recours à la grève. Celles-ci ne cessent de baisser depuis les années 80 alors que les conditions de travail suscitent de nombreuses réactions (stress, productivité, salaires, aménagements du temps...). Les fonctionnaires sont parce que leur emploi est préservé « dépositaire du pacte collectif » (95 p).

Pacte collectif qui doit prendre en compte que la grève est plus systématique dans les grandes entreprises, le dernier recours des syndicats, liée à la conjoncture (on fait plus volontiers grève en période de plein emploi).

Devant une conjoncture économique plus difficile, les moyens utilisés se diversifient (débrayage, grève courte, refus des heures supplémentaires, l’absentéisme, le freinage des cadences...). La protestation de collective devient individuelle. Les salariés se perçoivent en concurrence les uns avec les autres. Plus silencieuses, les « grèves froides » (pétitions, grève du zèle ou perlée.. .) débouchent parfois sur la place publique pour être totalement visibles et reconnues (140 p).

En quelques pages, les deux auteurs nous donnent des éléments clés pour comprendre et accompagner ces mouvements sociaux.

Éditions presses de la fondation nationale des sciences politiques :10 € (Euros)