Les comptes-rendus
Lorient, une ville dans la mondialisation - Florence Gourlay
F. Gourlay enseignante à l’UBS (Université Bretagne Sud) a consacré sa thèse à l’étude « d’une ville moyenne » confrontée à la mondialisation. Comment Lorient, ville portuaire, ville d’état, réagit-elle devant les tempêtes provoquées par l’accélération des échanges ?
Si le titre surprend et peut sembler un rien provocateur, on découvre au fil de la lecture qu’il n’est pas usurpé. Lorient est et a toujours été une ville paradoxale. Sa naissance liée aux« Grandes Découvertes » du XVI° siècle où le commerce en haute mer devient un impératif des états européens transforme la ville qui devient rapidement un des ports les plus importants du royaume. Cette première mondialisation s’arrête avec La Révolution, elle porte un coup d’arrêt terrible au développement de la ville. Le conflit millénaire entre la Grande-Bretagne, puissance maritime, et la France, puissance continentale, tourne à l’avantage de notre adversaire. Lorient est l’une des principales victimes de cette défaite et peu imagine qu’elle puisse rebondir. Pourtant le redressement est réel et spectaculaire même si la ville ne retrouve pas l’éclat du XVIII° siècle. L’arsenal militaire, les forges d’Hennebont assurent à Lorient une richesse économique loin d’être négligeable à laquelle s’ajoute le port de pêche (1927).
La destruction de la base des U-Boote lors de la seconde guerre mondiale et la résistance des allemands (« la poche de Lorient » se rend le 10 mai 1945, deux jours après l’armistice) la réduise en cendres. Sa renaissance, une fois encore, est d’autant plus spectaculaire que la ville oublie son passé et se tourne vers l’avenir. Son architecture directement inspirée de Le Corbusier en fait un modèle de la modernité. Ville de mer, ville de guerre, Lorient est aussi une ville industrielle. Si les atouts de la ville ne naviguent pas de concert, ils n’en assurent pas moins à celle-ci un développement indiscutable.
Ce n’est qu’au seuil du XXIe siècle qu’elle se trouve confrontée à une nouvelle crise. L’Etat omniprésent quitte lentement mais sûrement la ville, conséquence logique de l’effondrement de la bipolarisation Est/Ouest. Au même moment, la Chine s’ouvre, « l’atelier du monde » donne à la mondialisation une accélération vertigineuse. Comment une petite ville comme Lorient peut affronter ces nouveaux impératifs ?
F. Gourlay nous décrypte un espace économique souvent obscur, elle nous permet de voir quels sont les différents acteurs et leurs rôles. Celui de l’Etat, bien entendu, mais aussi celui des collectivités locales de plus en plus impliquées dans les choix, souvent lourds de conséquences, qu’une agglomération est tenue de prendre.
Pour F. Gourlay il n’est pas de pessimisme possible. Lorient a su montrer dans le passé sa capacité à surmonter les épreuves et lui paraît certain qu’elle saura, de même, trouver des solutions durables à celles qu’elle traverse aujourd’hui.
L’exemple du port de pêche est intéressant. Après une période dificile dans les années 90, il a su trouver des ressources, s’adapter à la nouvelle donne mondiale en mettant en place des concepts nouveaux comme celui, maintenant bien connu de "base avançée" pour réduire les coûts. On pourrait également citer l’extraordinaire succès du FIL (Festival Interceltique de Lorient) qui relève selon la formule de F. Gourlay de "la culture d’initiative".
Mais s’il est une condition nécessaire c’est bien d’en finir avec les représentations et les idées toutes faites. Les lorientais se doivent de faire l’effort d’appréhender la réalité sociale et économique. L’auteur nous le rappelle : "dans la situation de concurrence d’une économie ouverte, la capacité des territoires à s’organiser, à mettre en synergie les différents acteurs et leurs projets, à élaborer et suivre une statégie de développement local est décisive". ce livre est sur ce point une aide précieuse et indispensable. Impossible, ici, de le résumer, sa richesse suppose que nous le lisions pour devenir des acteurs de la décision.
Les pistes qu’elle suggère, l’agro-alimentaire, un rôle dans la construction et la réparation navales, les hautes technologies... se conjuguent pour elle avec un accroissement de la démocratie, d’une démocratie participative... Point nodal de l’expression politique, souvent encensée mais guère pratiquée !
Éditions Presse Universitaires de Rennes 20€