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Les paradoxes de la Bretagne - Jean Ollivro

03 janvier 2008

La Bretagne serait une terre paradoxale où les diplômes pleuvent et les salaires restent ternes, où il est agréable de vivre pour se suicider davantage. Ouverte à l’océan, la Bretagne lui tourne le dos...

Jean Ollivro, professeur de géographie à l’université de rennes II est l’un des meilleurs spécialistes de notre région ; Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

L’un des premiers paradoxes qu’il met en évidence c’est l’attractivité de la Bretagne pour les moins diplômés et une terre d’exil pour les formations supérieures au baccalauréat. Les jeunes qui sont encore l’avenir de nos sociétés sont particulièrement bien dotés dans notre région dont les taux de réussite aux examens sont parmi les plus importants de France ; Or, il semblerait que nous ayons quelques difficultés à les retenir. Les emplois susceptibles de les intéresser n’existent pas ici ! Comment lutter contre cette « évasion » ? Pour J.Ollivro, il serait souhaitable de « mettre en réseau la jeunesse bretonne » (24 p.) « renforcer l’enseignement de la Bretagne » ( 25 p.) leur redonner le sentiment de vivre dans une région à l’identité forte. « L’enjeu est de créer un réel pouvoir de décision breton et une mise en réseau des compétences... » (29 p).

L’attachement à la Bretagne est sensible et pourtant c’est une des régions ou les taux de suicide sont parmi les plus élevés d’Europe. Autre paradoxe pour lequel les explications manquent. L’effondrement de leur système de valeurs, culture, langue pourrait être un mode d’approche qui devrait être approfondi.

Autre point sensible, notre propension à attirer des touristes par millions qui ne viennent évidemment pas voir la pluie tomber mais bien parce que nous leur offrons une forme d’exotisme en voie de disparition ! « L’image Bretagne fait vendre « (48 p). mais nous la banalisons en sachant préserver notre mode de vie. Le littoral est de plus en plus urbanisé par des résidences secondaires dont la qualité architecturale est inexistante. Les pouvoirs publics se doivent de prendre des mesures pour penser l’espace dans sa globalité.

L’urbanité bretonne a d’ailleurs des caractéristiques qui lui sont propres, elle est tissée d’un réseau de petites villes qui leur permettraient « d’inventer nos logiques de fonctionnements et de développement » (57p) si elle savait prendre ses distances avec le modèle parisien et se recentrer sur sa péninsule. Les villes bretonnes ont une « dimension humaine » qui est un atout !

Bretagne effervescente à l’expression un rien désordonnée liée à « un fond un peu anarchique » (77 p.) dont est issue le CELIB, hier et aujourd’hui la notion de « pays « reprise par le gouvernement. Mais la Bretagne est aussi une région insérée dans l’Europe à laquelle il manque un département (la Loire-Atlantique) pour avoir une dimension suffisante.

L’un des drames de notre région s’est, à n’en pas douter, l’absence de débouchés portuaires digne de ce nom. Sur ce point, nous frisons l’indigence, notre surface maritime, le caractère péninsulaire avec pour horizon les Amériques aurait dû nous permettre de posséder de nombreux ports capables de rivaliser avec l’Europe du Nord il n’en est rien faute « de politiques maritimes alors que l’océan, tout particulièrement en Bretagne et dans le monde entier, est un facteur primordial de développement » (95p). Les possibilités ne manquent pas, la volonté politique certainement !

« La Bretagne n’est pas en retard, elle est en avance ’ »(160 p.) « revendiquer la singularité bretonne est, d’une certaine façon, un acte de résistance à l’encontre des logiques les plus uniformes et uniformisantes. Elle est une volonté de bâtir ici une société différente, individualisée, personnalisée, moins inégalitaire. (160 p). « Terre de tous les possibles », la Bretagne s’offre comme un projet alternatif à l’uniformisation de nos modes de vie.

Éditions Apogée 18€