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La contre-démocratie - Pierre Rosanvallon

04 janvier 2008
On ne devrait plus avoir besoin de présenter P. Rosanvallon, professeur au Collège de France, son rôle au sein de la CFDT, ses analyses sur les usages de la politique, la création de La République des Idées dont l’importance dans le renouvellement du corpus idéologique n’est plus à démontrer suffiraient, mais il se trouve que l’actualité récente lui a donné un surcroît de notoriété. "Les Tribunaux Citoyens" que S. Royal a proposés ont été empruntés à ce dernier livre !

De quoi s’agit-il ? La politique est au cœur de la cité, l’âge démocratique est un idéal universellement partagé, mais loin de susciter l’enthousiasme « la chose publique « est de plus en plus objet de “ défiance“. Elle aboutit à ce paradoxe de l’élection où le vote ne signifie plus que nous accordons nos suffrages, mais surtout que nous le refusons !

Si le citoyen se doit d’être attentif par nature oserait-on dire, il devient, aujourd’hui, le gardien intransigeant de ses droits. Rosanvallon de manière saisissante inverse la thèse célèbre M.Foucault, ce n’est plus l’État qui surveille les citoyens mais les citoyens qui prêtent attention aux moindres faits et gestes de la fonction publique ! Révolution copernicienne qui indique tout le chemin parcouru depuis 1789. Les citoyens mieux éduqués, plus avertis dans une société fragilisée se défient davantage du politique. Les contre-pouvoirs sont innombrables, véritable épidémie d’associations qui prennent les formes les plus diverses et empruntent les canaux les plus inattendues pour se faire entendre et peser sur les décisions des élus.

Cette “ démocratie sous surveillance“ a une longue histoire que nous conte Rosanvallon et sans nous arrêter au détail de cette généalogie nous noterons ce passage sur les rapports entre majorité et opposition propre à la Grand-Bretagne et dont on serait bien en peine de le voir en acte de manière aussi policée de ce côté si du Channel : “En ayant pour objectif de remplacer le gouvernement en place, l’opposition le met constamment à l’épreuve ; elle le contraint à s’exliquer, à prouver son éfficacité, à justifier ouvertement ses choix : elle introduit de cette façon une contrainte d’argumentation en même temps qu’elle contribue à sa rationalisation.“ (159 p.)

La démocratie de sanction, de rejet, se substitue à la démocratie de projet pour autant dans cette géographie que l’on découvre le citoyen des temps nouveaux agit, il agit contre. Pour revitaliser une politique atone Rosanvallon propose une mesure dont l’antiquité lui assure au moins un passé si ce n’est une légitimité. Dans la Grèce athénienne du Ve siècle avant Jésus-Christ, les élus étaient soumis au jugement de citoyens tirés au sort. Mesure loin d’être inédite, elle est en usage aux Etats-Unis. Ce sont c’est mêmes tribunaux dont s’est inspirée Ségolène Royal et qui a provoqué une polémique. L’explication est certes autrement plus fine chez Rosanvallon qui considère que ce jugement sur “la chose passé“ a un double effet celle de contraindre encore davantage les élus et celle de responsabiliser le citoyens qui peut ainsi mieux mesurer ce peut impliquer la décision politique.

Il n’empêche, les risques de populisme ne sont pas à négliger et pour cela il est nécessaire de « repolitiser la démocratie, c’est le vide du sens et non le vide de la volonté qui fait d’abord problème aujourd’hui » (312 p). De l’analyse aux actes le pas à depuis longtemps été franchi par Rosanvallon qui anime dirige La République des Idées. Brain trust proche de la CFDT qui renouvelle en profondeur notre regard sur une époque mouvante difficile à saisir.

Editions Le Seuil 21€