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Les classes moyennes à la dérive - Louis Chauvel
Les classes moyennes ont accompagné depuis la fin de la seconde guerre mondiale les transformations extraordinaires de nos sociétés. Elles sont les héroïnes des trente glorieuses et plus que tout elles sont les grandes bénéficiaires de cette période. Leur niveau vie est sans commune mesure avec celui des générations d’avant-guerre. La société de consommation illustrée idéalement par le roman de Georges Perec “ Les Choses “ a bouleversé nos modes de vie de manière radicale.
L. Chauvel reprend le fil de cette histoire avec les enfants de Jérôme et Sylvie. Il nous décrit une société dont l’optimisme s’est envolé pour faire place à une anxiété chronique. Apparemment tout va bien, la France si l’on s’en tient à l’analyse de nos statistiques, n’a pratiquement pas varié d’un iota depuis vingt ans. Apparence trompeuse car une lecture plus attentive nous montre les subtils décalages entre la science et ce que nous ressentons.
D’abord les pauvres d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Hier justement ils étaient vieux et disparaissaient avec le temps désormais ils sont jeunes et n’ont d’autre avenir que de rester pauvres. Les jeunes, les jeunes surtout, sont face à une société vacillante dont les parents ont pu acquérir un confort de vie incommensurable qu’ils ne peuvent certainement pas léguer à leurs descendants mais pire encore qu’ils leur feront probablement payer. Les babyboomers ont eu moins d’enfants que leurs parents, ils vivent plus vieux et ils ont réussi à se doter de retraite qui à peu de choses prêtes est équivalente à leur revenu !
Doit-on rappeler que « le plein emploi » est une figure de style, voire un mythe qui se perd dans les tréfonds des années 75. Le chômage hante notre surabondance, il oscille entre 8 et 10% et touche surtout les jeunes. Chômage réel pour ceux qui sont exclus du système scolaire (150 000 par an !), chômage camouflé pour ceux qui prolongent indûment des études par défaut, chômage encore pour des diplômés qui n’en finissent plus de multiplier des stages à peine rémunérés.
Le coût de la vie reste stable... Oui à condition d’oublier que si les salaires n’augmentent pas, le prix des logements à doubler en moins de dix ans !
Le modèle se fissure de toute part et la belle architecture de nos sociétés vouées à l’égalitarisme, promis par Tocqueville, remis en cause. D’ailleurs c’est bien de l’autre côté de l’Atlantique que nous pourrions une fois de plus lire notre avenir. Pour le coup, il est bien moins optimiste. Les classes moyennes à l’Américaine n’ont pas la même allure que les nôtres. Elles sont plus courtes, plus riches et ne représentent que 10 à 15% de la population. Nous les appellerions “les upper middle class “, bref, ceux qui ont des revenus très au-delà des 5000€ !
Ce délitement insidieux mais rapide de notre modèle n’est pas sans générer des effets secondaires pernicieux.“ Il en résulte un malaise profond.../... les frustrations exacerbées produisent un champ de tensions très ambivalent.../...et les candidats de la classe moyenne pourraient bien chuter au profit de ceux qui choisiraient des approches plus typiquement populistes“ (99p). L.Chauvel nous propose pour éviter le naufrage une refonte complète de notre appréhension du monde... Rien de moins ! Sans désespérer...
Editions Le Seuil / La république des Idées 10.50€