L'Agenda
Le Livre Blanc de la Bretagne
La Bretagne a une histoire particulière, une identité acceptée mais trop souvent ignorée. La culture bretonne est certes « un ciment qui permet de vivre ensemble » mais surtout elle doit être l’occasion « d’une nouvelle forme de construction ». Une culture propre qui doit lui permettre à partir de sa singularité d’affirmer un développement face à « des défis vertigineux» (20 p).
Le premier d’entre eux mais qui ne touche pas seulement notre région est le vieillissement de la population. Vieillissement dont on ne semble pas avoir pris la mesure d’autant que la Bretagne est « une terre de retour » et d’accueil pour de jeunes retraités. Toujours plus nombreux ils disposent de moyens financiers qui facilitent l’achat de maisons en bord de mer et contraignent les jeunes à s’éloigner de plus en plus loin à l’intérieur des terres.
Conséquence qui n’en est qu’une parmi une foule d’autres... Il serait heureux pour les auteurs de l’étude, dans leurs préconisations, d’anticiper sur les départs en retraites (important dans les banques mais aussi dans le bâtiment), d’envisager des modes d’usage adapté à une population vieillissante (accessibilité des immeubles et maisons, trottoirs, largeur des lettres pour les yeux, commerce de proximité...Domotique !) mais plus encore rappeler et réactiver le sens des solidarités, très présent sur notre territoire, en favorisant l’aide intergénérationnelle. L’urgence est réelle les baby-boomers partent déjà en retraite !
Un média breton ! Surprise car ceux-ci ne manquent pas... Oui mais aux yeux du rapport, ils sont trop dispersés. La Bretagne est partout et nulle part. Il est nécessaire d’avoir un porte-parole clairement identifié, une voix de la Bretagne qui porterait loin. Évidemment multiforme (télévision, radio, Internet...) elle agrégerait les Bretons, mutualiserait les contenus.
Que dire de la langue ? Elle est une caractéristique propre de la Bretagne, une expression évidente de son identité. Le pessimisme ambiant laisserait entendre que cette langue comme beaucoup d’autres est condamné à une disparition prochaine alors que partout on voit des feux renaissants qu’il faudrait surtout activer.
La Bretagne est liée à sa langue, elle est partout présente sans que l’on veuille le voir ! il n’est que de songer aux grandes enseignes de distribution qui communiquent de plus en plus en utilisant le vocabulaire breton. Les mots sont évocateurs, ils sonnent dans un espace trop unifié. Nous sommes les habitants d’une langue qui nous donne du sens. Un sens qui a une musicalité très personnelle qui s’entend mieux dans une expression partagée (le succès des écoles bilingues est sans doute inconsciemment de cet ordre) et cette pluralité d’approche est une richesse... encore trop ignorée. Doit-on ajouter que l’usage du Breton est une source d’emploi ? Ils sont déjà plus 3000 à vivre directement ou indirectement de cette langue !
L’agriculture est un des point fort de la Bretagne mais si elle veut conserver son avance, il importe de s’adapter aux effets violents de la mondialisation. Il serait judicieux d’envisager un espace agricole plus respectueux de son environnement, de transformer les produits en produits immédiatement consommables (développement du repas déjà prêt), la labélisation et d’augmenter la taille des coopératives pour leur donner une dimension internationale.
La mer devrait être une « terre » de conquête pour les Bretons. Nous avons tourné le dos à l’océan, il n’est plus qu’un espace de loisirs et nos ports sont davantage voués au nautisme qu’aux échanges commerciaux. Les ports bretons doivent retrouver leur vocation maritime d’autant plus que l’internationalisation des rapports marchands loin de n’être qu’un moment de l’histoire à toutes les chances de s’accentuer.
La Bretagne à de toute évidence une carte à jouer. La mer peut être un horizon fédérateur et mobiliser les énergies. Il ne s’agit pas seulement de développer les capacités portuaires, mais aussi de conquérir des marchés. Pour cela nos auteurs suggèrent de prendre modèle sur le Japon et ces entreprises de commerce (Sogo Shosha) qui mutualisent leurs moyens en s’appuyant sur les réseaux dont ils disposent à l’extérieur.
Développer également un observatoire “à la fois efficace sur les temporalités courtes et de se réapproprier les temporalités longues » (176 p). Envisager « un espace glocal (globalisation des enjeux via l’espace web, importance de la structuration locale en raison de l’évolution prévisible des coûts de déplacements numériques) » (176 p.) car la Bretagne doit penser à la fois le proche et le lointain,"s’ouvrir et jouer la proximité". Pour se faire elle doit innover, associer entreprises et associations, briser les idées reçues... Développer des laboratoires d’idées et de recherches !
Bref, une foultitude d’idées que l’on ne peut qu’inviter à découvrir d’autant que « si les différents acteurs jouent bien le coup la Bretagne va se "précipiter " vers une nouvelle construction. Il existe une réelle fenêtre de tir pour asseoir le développement breton. » (187 p.)
Edition Du Temps