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La République et ses Territoires - Laurent Davezies

15 avril 2008
Géographie du territoire, géographie imaginaire ou nous sommes persuadés que Paris absorbe toute l’énergie vitale, vortex mortel dans lequel disparaît la pluralité du pays. Laurent Davezies nous démontre qu’il en est rien, la répartition des richesses est à la mesure de la République... Égalitaire !

Notre République serait un modèle de vertu, un modèle ou la richesse serait à peu près également répartie. La chose paraît étrange et nous serions tenté de la regarder avec la plus grande circonspection. L.Davezies nous démontre, justement, que les transferts de richesse sont remarquables en France à tel point que « nous sommes arrivés à un point bas historique des différences de revenu moyen par habitant entre nos régions, mais aussi entre nos départements ou nos villes » (13 p). Cette équivalence est liée à de « puissants mécanismes de redistribution du revenu » (15 p) et l’Ile de France, région la plus riche (29% du PIB) « ne touche plus que 22% du revenu des ménages » (12 p).

Le phénomène redistributif ne touche évidemment pas que la France, on le retrouve partout en Europe ou les régions les plus riches contribue à aider, soutenir les régions les plus pauvres mais à ce phénomène il s’en ajoute quelques autres ...

Le transfert de richesse est aussi celui des retraites ou plutôt de retraités nantis qui quittent les lieux de travail pour des régions jugées plus accueillantes (sur ce plan la Bretagne fait partie des régions « élues »). Les conséquences, cette fois-là, ne sont pas toujours heureuses (augmentation du coût de l’immobilier, population vieillissante).

Distinguons encore le lieu de travail et le lieu de résidence (là où l’on consomme !) et enfin le tourisme qui rend certaines régions sensiblement plus attractives que d’autres.

Autant de facteurs qui modifient la carte du territoire mais et c’est là un des points les plus troublants ils n’avaient jamais été pris en compte jusqu’alors ! L’économie ne se pensait qu à travers des lieux de production en occultant le fait que l’on pouvait travailler à un endroit et vivre ailleurs (l’effet TGV est à double sens !).

Mieux voir le territoire c’est se donner les moyens d’agir avec plus d’efficacité, de réagir à certaines dérives potentielles. Ici, l’auteur nous surprend en nous mettant en garde contre les effets pervers de la décentralisation. Elle donnerait trop de pouvoir à des potentats locaux plus près certes des intérêts de leurs élus mais également plus éloignés de l’intérêt commun donc méfiance. Méfiance devant le « grey power » et des citoyens qui accepteront mal de voir l’assiette de leur impôt augmenter, ces dérives justifient, à ses yeux de conserver un pouvoir central fort plus sûr de considérer l’intérêt de tous.

Inutile d’ajouter que cette brillante analyse se doit d’être lu, elle porte un regard neuf et stimulant sur notre société et nous offre une foule de réflexion novatrice.

Éditions Le Seuil / La République des Idées 10.5€

Disponible en ligne sur www.laviedesidees.fr et www.repid.com