Documentation
Trois leçons sur l’État-providence - Gosta Esping-Anderson avec Bruno Palier
Trois chapitres qui sont autant de démonstration claire et intelligente sur notre « avenir post-industriel ». le premier sur le rôle des femmes, le second sur l’enfant et le dernier sur le vieillissement.
La révolution féminine n’est seulement loin s’en faut strictement politique elle est bien plus économique et sociale. La « disparition de la femme au foyer » a accompagné tout le XX° siècle sans que pour autant nous ayons suffisamment pris la mesure du changement. La maternité reste encore une affaire de femmes, mais nous n’avons pas su adapter notre système social aux nécessités qu’il imposait. Le choix entre maternité et travail ne devrait plus se poser, or celui-ci dépend pour une large part de l’offre. Dans les milieux les plus défavorisés son coût est prohibitif, les aides insuffisantes. À ce compte les femmes « décident » le plus souvent de cesser de travailler. Leur salaire ne leur permettant pas de dégager de marge.
Nous manquons encore de services de garde des enfants, services qui seraient peu onéreux et qui permettraient à toutes les femmes, quellles que soient leur conditions de revenu de pouvoir et travailler et faire garder leurs enfants. Un constat simple montre qu’ils « accroissent la fécondité »(31p) et « stimule l’emploi des mères » .Le travail des femmes permet à l’État de percevoir des impôts qui assurent la prise en charge des enfants en bas âge « ce qui signifie que nous devons trouver un modèle capable d’assurer une garde d’enfants universelle et de grande qualité » (37p) qui soit par ailleurs équitable.
L’enfant est bien l’avenir de l’humanité mais il n’est pas sur que nos sociétés est pris la mesure des difficultés. Depuis une petite cinquantaine d’années, l’enseignement se veut démocratique mais les bilans sont souvent terribles. Un trop grand nombre de jeunes sortent du système scolaire sans la moindre qualification (20 %). Or, c’est dès la prime enfance que le drame se noue : »les bases cognitives décisives sont scellées au cours de la toute petite enfance » (61 p). Nous devons impérativement réagir. De toute évidence et toutes les études le montrent abondamment il ne s’agit nullement de capacités naturelles mais bien de différences sociales. La pauvreté stigmatise sur tous les plans : »les enfants pauvres feront deux ans d’études de moins que les autres » (74 p). La prise en compte de cette « différence » au plus tôt est la meilleure garantie d’éviter l’échec. C’est à l’âge préscolaire et dans les premières années de la maternelle que l’effort essentiel devrait être porté. Il est à l’heure actuelle trop insuffisant. Il faut multiplier les structures d’accueil de qualité pour permettre aux mères de travailler : « La fréquence de la pauvreté infantile est divisée par 3 ou 4 quand les mères travaillent- surtout les mères isolées » (77 p.).
Le vieillissement accéléré de nos populations est un défi majeur pour les années à venir. La retraite à 60 ans est définitivement dans les limbes du passé. Il serait impossible de faire supporter aux actifs d’aujourd’hui le poids croissant des baby-boomers plus nombreux que les classes d’âge actuelles. Seulement nous devons trouver la plus juste martingale permettant de préserver le niveau actuel des retraites sans mettre en difficulté les actifs, conserver également un équilibre entre le public et le privé quand on sait que les actifs les plus riches sont ceux qui peuvent le pus facilement se doter de complémentaires, quand on sait que ces actifs sont ceux aussi qui vivent le plus longtemps à un coût bien supérieur aux salariés les plus pauvres... Cet équilibre garant du consensus démocratique naît dans l’enfance dans une scolarisation qui permet de compenser les différences culturelles et autorise l’accès à des professions où le savoir joue un rôle primordial.
Inutile de souligner l’importance de ces analyses, il nous dote d’outils pertinents loin des idées reçues et trop convenues habituellement ressassées sur ces thèmes.
Éditions Le Seuil / La république des Idées 11.5€
Disponible en ligne sur www.laviedesidees.fr et www.repid.com