Les comptes-rendus
Le nouvel esprit de la démocratie - Loïc Blondiaux
La démocratie peut s’entendre sur bien des registres. Depuis quelque temps on s’évertue à lui donner une plus grande amplitude, il ne s’agit plus simplement de consentir à l’élection. Les citoyens seraient plus aptes parce que mieux scolarisés à juger de la chose publique. Ils seraient moins prêts à abandonner le droit de gouverner à une petite élite ; plus attentifs, ils veulent être reconnu comme acteurs à part entière.
Mouvement général que l’on retrouve partout avec comme point de départ Porto Alegre. Cette "participation" n’est pas issue d’une demande " citoyenne " mais à l’inverse une proposition qui émane des pouvoirs constitués.
Est-ce pour autant une volonté évolutions tant économiques que sociaux culturelles aurait sensiblement modifié la perception de notre rapport aux institutions.d’accorder davantage de pouvoirs aux électeurs ? La décentralisation a permis de donner une puissance "monarchique" (29 p.) aux élus locaux et plus particulièrement aux maires. Ouvrir en partie l’expression de la décision aux acteurs de la société civile peut être de bonne politique.
Les Conseils de Développement, émanation de la loi Voynet de 1999, sont un instrument utile entre les mains de ces nouvelles baronnies. Consultatifs, ils suscitent des interventions sous forme d’avis ou de rapports qui sont communiqués aux élus qui restent maîtres de la décision. Exemple parmi d’autres, il n’est pas certain, le plus souvent, que les élus souhaitent autre chose qu’une fiction de consultation :"les élites politiques restent attachées à une pratique exclusivement représentative du pouvoir" (31 p.) et les différentes formes de consultations (forum, comité, enquête) laissent les citoyens dubitatifs. De plus ils supposent une maîtrise des usages qui par nature exclue ceux qui le sont déjà ! : "les groupes minoritaires et/ou fragiles (femmes, Noirs, classes populaires...) ont peu de chances de trouver leur place dans de telles enceintes" (45 p). Doit-on pour autant désespérer ? Cette nouvelle expression démocratique en est encore à ses balbutiements on peut lui accorder un peu de temps pour assurer sa démarche. Il serait nécessaire de construire un dialogue continu, un échange permanent aussi bien sur les formes instituées et leurs capacités à répondre aux attentes qu’aux discussions et aux thèmes laissées à la délibération publique. Est-ce si grave ? Sans doute, notre civilisation s’est construite sur la croyance aux vertus de la démocratie. Il semblerait qu’elle fut plus fragile que l’on voudrait bien le considérer. Il importe que nous y fussions attentif que nous puissions la préserver, l’élargir, lui donner sa seule et authentique définition celle d’une société ou nous serions tous enfin des citoyens.
Editions Seuil / La République des Idées 10,5€
Disponible en ligne sur www.laviedesidees.fr et www.repid.com