Travaux en cours
La Reine du Monde
Jacques Julliard, éditorialiste au Nouvel Observateur, est aussi professeur aux EHESS et militant à la CFDT. Quel est aujourd’hui le rôle de l’opinion dans le débat public ? C’est à cette question que tente de répondre l’auteur et pour lui elle est sans doute bien plus grand qu’on ne se l’imagine...
La montée de l’opinion publique est apparue de manière vertigineuse à l’issue du référendum sur l’Europe ou à l’encontre de tous les « grands » partis, de la plupart des médias, les français se sont permis de dire non ! Un non invraisemblable, inattendu, un non inadmissible qui s’est redoublé quelque temps plus tard par le choix surprenant de Ségolène Royal. De cette double inconstance J.Julliard tente d’en saisir l’esprit.
La démocratie est le maître mot de nos bavardages quotidiens, elle est partout, se glisse partout, bref, elle est devenue incontournable, insupportable : "le crétinisme démocratique n’a pas de limite"(19p). Absence de tout et pourtant nous devrions nous interroger pour savoir si cette présence envahissante n’était pas d’abord la conséquence d’un déficit de démocratie, d’un aveu des limites étroites de la gouvernance représentative ? Le peuple pour se faire entendre utilise tous les canaux qu’il pourra trouver, le suffrage, la rue et ses manifestations et enfin l’opinion.
Une opinion sans cesse solliciter par des enquêtes, des enquêtes qui ont leur mot à dire, qui pèsent d’un poids toujours plus grands dans les décisions politiques. Livrée aux « gens de lettres » qui savent exprimer leurs idées, ils sont les principaux bénéficiaires du nouveau phénomène (61 p.)
Il est nécessaire de rappeler que la démocratie loin de favoriser la libre expression de chacun à bien plus tendance à la coaguler. Cette liberté n’est celle que du plus grand nombre. Cette démocratie sous nos régimes est celui d’une petite élite, une aristocratie qui laisse entendre que le peuple participe à la vie publique sans lui en donner réellement les moyens. Pourtant celui-ci veut délibérer, être entendu, participer, pour J.Julliard nous sommes en route vers la doxographie (105p), l’opinion public sera de plus en plus présente et pèsera dans les choix politiques.
La difficulté serait moins celle d’un peuple bavard mais plutôt celui de gouvernants peu près à partager leur pouvoir, à trouver les formes acceptables par tous d’un échange intelligent. Ils préfèrent dénoncer ce trop plein d’expressions maladroites alors qu’il serait souhaitable de l’aider à naître. Plus grave qu’on l’estime, Il importe de trouver les modalités d’un dialogue capable de construire un espace politique partagé à l’avantage de tous.
Éditions Flammarion / Café Voltaire 12€