L'Agenda
L’obscénité démocratique
Pour R. Debray le spectacle de notre société est antinomique avec l’exigence démocratique.
Spectacle du spectacle, chacun le sait depuis Debord « Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation » mise en scène permanente de nos vies quotidiennes où plus rien ne peut être strictement spontané même le naturel, le côté « cool » est savamment construit.
L’exemple vient de haut. Le politique ne se conçoit sans artifice. Artifice d’autant plus élaboré qu’il doit donner le sentiment de ne l’être pas. Le jogging du président est un théâtre où chaque acteur (Président, médias, foule) joue une comédie. Comédie de la simplicité, de la proximité qui pourtant coûte fort cher ! bien plus que l’austérité, voir l’ascétisme des débuts de la V° République.
La République doit-elle se perdre dans ses jeux d’illusion ? Ne sont-elles pas le plus sur moyen d’y oublier son âme ? pour R.Debray cette » paupérisation du symbolique » (49 p.) est un affadissement du politique. Celui requiert de la hauteur, un recul pour porter l’histoire. L’esprit démocratique se compromet en s’abaissant à être aussi proche que possible du peuple.
Nous devons retrouver le sens de la pulsation partagée dans une scène qui emprunte à la Grèce Antique, à ce lieu « cathartique » où la foule communiait dans un jeu de masques codifié aux valeurs qu’elle s’était choisie. La démocratie à besoin d’être ensemble, de se sentir et non pas de fausse simplicité virtuelle.
Éditions Flammarion / Café Voltaire 12€