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21 juillet 2010

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Le public fantôme - Walter Lippman

Livre paru en 1925 par un des plus célèbres commentateurs politiques américains, il nous offre un tableau sans concession des mythes et usages de notre démocratie.

La démocratie telle que nous l’entendons serait aux yeux de Lippman une pure fiction, au mieux un mythe, au pire une illusion. La démocratie est « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple. », un peuple pourtant le plus souvent absent, plus destiné à regarder les joutes de pouvoir sans pour autant les partager.

Loin d’être tenu à l’écart il est peu intéressé par les obligations du gouvernement. Gouverner c’est connaître. Pour choisir il est nécessaire de s’informer et « il faut avoir un appétit d’encyclopédiste et un temps infini devant soi pour être un bon citoyen »(58p) or « le citoyen n’a que peu de temps à consacrer aux affaires publiques, son intérêt pour les faits n’est que sporadique et son goût pour la théorie des plus modérés »(59p). L’éducation, celle des Lumières qui doit « élever » à la dignité de citoyen n’est pas suffisante car « pour diriger la société moderne, il faut davantage qu’une belle conscience »(60p). Ajoutons que la croyance mystique en une intelligence innée du peuple est une absurdité pour Lippman : »il n’existe pas l’ombre d’une raison de penser que la somme des ignorances individuelles puisse produire une force capable de diriger les affaires publiques » (67p).

Lecture à plat, lecture qui impose sa lucidité et laisse la démocratie abandonnée dans le grand cimetière de nos chimères. Pourtant Lippman ne veut pas pour autant que l’on change de système. Il souhaite avant tout que l’on puisse laisser au « public fantôme » son rôle d’arbitre car il pacifie les mœurs évitant les conflits et les troubles. Le vote est pour lui le plus sûr garant de cet équilibre. Il suffit d’imaginer ce que seraient nos rapports sociaux sans lui, guerres et violences probablement.Le plus simple pour lui c’est de

laisser les mieux à même d’en juger déterminer librement les accords contractuels entre eux, une « démocratie sociale » avant la lettre ou une expression politique qui n’est pas éloignée de ce que réclame aujourd’hui des syndicats comme la CFDT. »Seul celui qui est dans le coup est en mesure de prendre des décisions. Là où il est placé, il peut comprendre et il peut agir » (139p).

Un livre passionnant dont on peut difficilement rendre la richesse en quelques lignes. Il est au cœur des problématiques actuelles sur le délitement de la démocratie et des moyens de d’y remédier.

Éditions Démopolis : 20 € (Euros).